Royan moderniste : trois architectures remarquables en béton

Trois architectures modernistes à Royan : Villa Boomerang, Villa Gruyère et marché central

Suite de notre escale à Royan, nous marchons quelques minutes pour arriver au marché central et apercevoir le toit de béton en formes de vagues. Avant de repartir pour le Cap Ferret, nous prolongeons notre visite et ciblons deux villas modernistes.
Le soleil tente de percer les nuages et un bout de ciel bleu apparait, le béton, les couleurs apposées à celui-ci et les lignes des constructions des années 1950 prennent une tonalité particulière.

La reconstruction de Royan a permis aux architectes d’expérimenter avec les volumes, les matériaux et les structures. Les maisons individuelles deviennent des terrains d’essai, tandis que les équipements publics permettent d’explorer le béton armé à une tout autre échelle.

La Villa Boomerang, la Villa Gruyère et le marché central illustrent trois approches de cette architecture. Une maison aux lignes courbes, une façade qui filtre les regards et une grande coque de béton : trois œuvres à découvrir en prenant le temps d’observer leurs détails.

Villa Boomerang : une maison qui prend son envol

Pierre Marmouget, 1955-1959 — Royan

Dans le quartier du Parc, la Villa Boomerang se distingue par une silhouette qui semble échapper aux règles habituelles de la maison individuelle. Son véritable nom est Villa La Rafale, mais son surnom, lié à la géométrie de son plan, lui correspond assez bien. Conçue par Pierre Marmouget pour Raoul Hervé, elle témoigne de la liberté formelle qui caractérise certaines constructions de la reconstruction royannaise.

La maison se développe entre deux dalles de béton, portée par des pilotis qui libèrent une partie du rez-de-chaussée. Cette disposition réduit visuellement la masse du bâtiment et accentue l’horizontalité des volumes. Les circulations extérieures, les escaliers et les garde-corps participent pleinement à la composition. Ils ne sont pas simplement ajoutés à la façade : ils en dessinent les lignes et prolongent l’architecture vers l’extérieur.

Le béton armé permet ici de travailler des porte-à-faux et des avancées qui donnent à l’ensemble une impression de mouvement. Les couleurs viennent ponctuer cette géométrie, tandis que les terrasses et les ouvertures entretiennent une relation directe avec le jardin.

Ce qui retient l’attention, c’est surtout la façon dont Marmouget évite de refermer la maison sur elle-même. Les circulations deviennent visibles, les espaces extérieurs prennent une place importante et les éléments constructifs contribuent à l’identité de la villa. On retrouve une sensibilité moderniste qui privilégie la fluidité des volumes et l’expression de la structure plutôt qu’une façade symétrique et conventionnelle.

La Villa Boomerang illustre ainsi une approche du béton plus légère et ludique que monumentale. Le matériau ne sert pas uniquement à construire : il permet de dessiner une maison dont la silhouette reste immédiatement reconnaissable.

Villa Gruyère : un mur de béton entre ouverture et intimité

Jean Bauhain, René Baraton et Marc Hébrard, 1956 — Royan

La Villa Gruyère adopte une approche presque opposée. Ici, l’intérêt architectural se concentre sur un élément de façade : un mur-écran en béton percé d’ouvertures circulaires, qui protège l’habitation des regards depuis la rue.

Cette paroi donne à la maison une identité singulière. Ses perforations rompent avec la surface pleine du mur traditionnel et produisent un rythme régulier, presque graphique. Elles filtrent les vues et la lumière sans fermer complètement la façade. Le surnom de la villa vient précisément de ce dispositif, dont les ouvertures évoquent les trous d’un fromage.

Le béton prend ici un rôle différent de celui qu’il occupe à la Villa Boomerang. Il ne cherche pas à exprimer une structure élancée ou à dégager le volume du sol. Il devient un écran, un filtre entre la rue et l’espace privé. La matière affirme sa présence tout en organisant une transition entre l’extérieur et l’intérieur.

L’entrée est également marquée par l’emploi de briques de verre, qui apportent une lumière diffuse. Ce détail prolonge la réflexion sur les limites de la maison : la façade protège, mais elle laisse aussi passer la lumière. Les couleurs participent à cette composition et évitent que le béton ne produise un ensemble trop uniforme.

La Villa Gruyère montre ainsi comment un dispositif relativement simple peut transformer la perception d’une habitation. Plutôt que de multiplier les effets de volume, les architectes travaillent la surface, les percements et les contrastes entre matière opaque et lumière. Une modernité plus discrète, mais tout aussi expressive.

Marché central de Royan : une coque de béton sans piliers intérieurs

Louis Simon et André Morisseau, avec Bernard Laffaille et René Sarger, 1954-1956 — Royan

Le marché central change complètement d’échelle. Conçu comme un équipement public, il devait accueillir les activités commerciales tout en offrant un vaste espace libre. Sa réponse architecturale repose sur une grande coque en béton armé dont la couverture et la structure ne font qu’un.

La toiture ondulée est l’élément déterminant du bâtiment. Elle s’élève puis redescend vers ses appuis, dessinant une silhouette que l’on peut lire comme une succession de courbes. La coque, d’une dizaine de centimètres d’épaisseur environ, couvre une portée d’une cinquantaine de mètres et repose sur treize points d’appui. L’absence de poteaux intérieurs libère entièrement l’espace du marché.

Le rôle de l’ingénierie est ici essentiel. Le béton armé n’est plus simplement employé sous forme de poteaux, de poutres ou de dalles : il devient une surface courbe capable d’assurer simultanément la couverture et la stabilité de l’ensemble. Cette recherche sur les coques minces permet de réduire la quantité de matière tout en couvrant une grande portée.

À l’intérieur, la lumière naturelle complète le travail de la structure. Des pavés de verre et des ouvertures intégrées à la couverture éclairent la halle, tandis que les courbes du plafond modifient la perception du volume. La lumière ne vient pas seulement des façades : elle participe à l’expérience de cet espace ouvert, sans supports intermédiaires.

Le marché central conserve aussi une dimension très concrète. Les étals et la circulation des visiteurs occupent un volume pensé pour rester libre et adaptable. L’architecture accompagne les usages sans les contraindre par une succession de pièces ou de poteaux. C’est précisément cette relation entre prouesse constructive et simplicité fonctionnelle qui rend le bâtiment remarquable.

Achevé en 1956, le marché est aujourd’hui l’un des édifices emblématiques de la reconstruction de Royan. Sa protection au titre des monuments historiques, en 2002, reconnaît l’intérêt d’une structure qui a contribué au renouvellement des possibilités du béton armé.

Trois manières de travailler le béton

Ces trois réalisations permettent de comprendre la diversité de l’architecture moderniste à Royan. À la Villa Boomerang, le béton accompagne des volumes en porte-à-faux et des circulations extérieures. À la Villa Gruyère, il devient une paroi filtrante, travaillée par les ouvertures et la couleur. Au marché central, il se transforme en une coque mince capable de couvrir un vaste espace sans piliers intérieurs.

Le point commun n’est donc pas seulement le matériau, mais la manière de l’utiliser pour produire une architecture spécifique à chaque programme. Le béton peut alléger une maison, protéger une façade ou franchir une grande portée. Il permet aussi de travailler la lumière, de dessiner des silhouettes et d’organiser les usages.

En parcourant Royan, ces bâtiments rappellent que la modernité de l’après-guerre ne se résume pas à une esthétique uniforme. Elle se construit à travers des recherches très différentes, parfois expérimentales, où architectes et ingénieurs explorent les possibilités d’un matériau encore relativement nouveau dans ces applications. D’autres villas modernistes à Royan et ses environs restent à visiter comme la villa Ombre Blanche…

Villa Boomerang (Villa La Rafale) — Pierre Marmouget, 1955-1959. Villa Gruyère — Jean Bauhain, René Baraton et Marc Hébrard, 1956. Marché central — Louis Simon et André Morisseau, avec Bernard Laffaille et René Sarger, 1954-1956. Royan, Charente-Maritime.

 

Le mobilier moderniste, dans l’esprit des villas de Royan

À Royan, l’architecture moderniste des années 1950 et 1960 joue sur les volumes, la lumière naturelle et la simplicité des lignes. Cette recherche de sobriété se retrouve aussi dans le mobilier de la même époque : des pièces aux formes géométriques, des structures légères et des matériaux choisis autant pour leur qualité que pour leur fonction. Dans une villa moderniste, le mobilier ne vient pas simplement occuper l’espace ; il participe à son équilibre.

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