Notre-Dame de Royan, Guillaume Gillet, Royan, 1958.

Au mois de mars 2026 avec Marsyal, nous partons quelques jours en road trip au départ de Lyon pour mobilier/visite/expo/copains. Quelques étapes passées : Paris, Saintes. Nous faisons escale à Royan pour admirer une pépite moderniste. Nous ne pouvions donc pas louper Notre-Dame de Royan sous ce ciel gris qui s’accordait parfaitement avec le béton de l’édifice.

Une église moderniste en béton armé

Reconstruite après les bombardements de janvier 1945, la ville de Royan devient, dans les années 1950, un véritable terrain d’expérimentation pour l’architecture moderne. Parmi les édifices qui incarnent cette période, l’église Notre-Dame occupe une place particulière. Conçue par Guillaume Gillet et achevée en 1958, elle rompt radicalement avec les formes traditionnelles de l’architecture religieuse.

Sa silhouette élancée se distingue immédiatement dans le paysage urbain. Le béton armé, laissé apparent, constitue l’essentiel de son expression architecturale. Ici, pas de décor rapporté ni de référence historiciste directe : la structure elle-même dessine le bâtiment.

Une structure au service de la forme

L’un des éléments les plus remarquables de Notre-Dame de Royan réside dans ses poteaux inclinés en V, associés aux recherches de l’ingénieur Bernard Laffaille. Ces supports participent autant à la stabilité de l’édifice qu’à son identité visuelle. Leurs lignes obliques accompagnent l’élévation du volume et donnent à l’ensemble une impression de mouvement.

La toiture courbe prolonge cette recherche formelle. Malgré la nature massive du béton, la couverture semble relativement légère, presque suspendue au-dessus de la nef. Cette tension entre pesanteur et élancement constitue l’une des qualités du projet.

L’intervention de René Sarger après le décès de Bernard Laffaille en 1955 témoigne également de l’importance du travail d’ingénierie dans la conception de l’édifice. À Royan, la structure ne se contente pas de répondre à des contraintes techniques : elle devient le principal langage de l’architecture.

Le béton brut comme matière architecturale

Le béton apparent donne à l’église son caractère minéral et monumental. Sa surface participe directement à la perception du bâtiment, sans chercher à dissimuler le système constructif derrière un revêtement décoratif.

Cette approche rejoint certaines préoccupations du brutalisme, notamment l’expression directe des matériaux et la lisibilité de la structure. Notre-Dame s’inscrit toutefois plus largement dans le renouvellement de l’architecture religieuse de l’après-guerre, où les possibilités du béton armé permettent d’imaginer de nouveaux espaces et de nouvelles formes.

À l’intérieur, les supports inclinés et la couverture définissent un volume continu, rythmé par la lumière naturelle et les vitraux. L’atmosphère repose davantage sur les proportions, la matière et la géométrie que sur l’accumulation d’ornements.

Un monument de la reconstruction

Notre-Dame de Royan ne cherche pas à reproduire les cathédrales du passé. Elle en reprend plutôt certaines ambitions monumentales, notamment la verticalité et la recherche d’un espace intérieur capable de susciter le recueillement, en les traduisant dans le langage architectural des années 1950.

Sa silhouette contraste avec les lignes horizontales de l’architecture balnéaire royannaise et affirme sa présence dans la ville reconstruite. L’église devient ainsi un repère urbain autant qu’un édifice religieux.

Classée au titre des monuments historiques en 1988, elle témoigne aujourd’hui de l’audace constructive de l’après-guerre. Entre béton brut, structure expressive et recherche de légèreté, Notre-Dame de Royan demeure une réalisation majeure de l’architecture moderniste française.

Notre-Dame de Royan — Guillaume Gillet, avec Marc Hébrard ; ingénierie de Bernard Laffaille et René Sarger. Construction : 1955-1958. Royan, Charente-Maritime.