Résidence étudiante NTUA, Konstantinos Papaioannou et Kostas Fines, Athènes, 1974.

Résidence étudiante d’Athènes : chef-d’œuvre brutaliste abandonné

Un manifeste du brutalisme grec sur le campus de Zografou

La Student Residence de la National technical University of Athens ( NTUA) à Zografou, dessiné par les architectes Konstantinos Papaioannou et Kostas Fines, constitue un exemple emblématique du brutalisme grec des années  1970.

Le projet qui répondait au concours panhellénique lancé en 1966, est remporté par Papaioannou et Fines, et fut construit entre 1967 et 1974 sur le campus de Zografou, au pied du mont Hymettus,.

Après plusieurs passages réguliers à Athènes pour rendre visite à mon vieux copain Nico, je me décide un peu tard à pénétrer ce lieu qui interroge.
Nico skate régulièrement, voire quotidiennement sur ce campus de Zografou, quartier d’Athènes où il réside depuis quelques années. Je l’ai accompagné plusieurs fois, juste pour rouler et apprécier l’ambiance architectural
e des universités.

Nico a préparé des curbs délicieux. Il les a entrenus méthodiquement avec sa disqueuse, son béton et sa résine.

Il y effectue des slappy avec l’agilité et l’aisance d’un skateur pro.

Une architecture influencée par Le Corbusier

Le bâtiment se compose de deux volumes principaux : un haut‑volume de dix étages accueillant les chambres et un corps plus bas pour les fonctions collectives dont je parlais tout à l’heure. La matière brute du béton apparent omniprésenterenforce la monumentalité et la lisibilité des volumes.

Les façades sont rythmées par des balcons horizontaux et des loggias, tandis que les pilotis libèrent le sol pour créer un socle visuel et des circulations fluides.

Le programme initial offrait plus de 400 chambres, avec des espaces communs pour la restauration, l’étude et la détente, illustrant l’ambition de créer une résidence étudiante moderne avec ses services digne d’un riche campus américain.

L’architecture de Papaioannou et Fines, influencée par Le Corbusier, combine rigueur formelle, volumétrie claire et matérialité expressive. L’usage du béton brut dialogue avec le climat méditerranéen par ces arbustes et sols secs et rocailleux, et le paysage athénien, tout en affirmant l’identité de l’architecture publique grecque.

Konstantinos Papaioannou et Kostas Fines sont deux figures majeures de l’architecture grecque moderne. Leur démarche se caractérise par l’attention aux volumes, à la lumière, et l’intégration d’espaces collectifs favorisant la vie sociale. Influencés par le modernisme international, ils adaptent ce langage au contexte grec avec une esthétique sobre mais puissante, faisant des résidences d’Athènes l’une de leurs réalisations emblématiques.

De la modernité à la dégradation : immersion dans un géant abandonné

La résidence étudiante est visible de tous les coins de la zone universitaire. On peut noter l’inspiration vraiment marquée d’une unité d’habitation de Le Corbusier. Elle semble pourtant plus imposante. Elle est recouverte de grafs, de tags du toit au sol. Tous les experts locaux et internationaux y ont laissé leur trace avec leurs bombes, leurs pinceaux, leurs rouleaux.

On ose timidement rentrer dans l’enceinte , on y accède par des escaliers avant d’arriver dans cette cour extérieure où on note que la dégradation est arrivée à maturation, une végétation anarchique tente de se frayer une voie à travers le mobilier extérieur en béton qui devait être accueillant dans les années 70. Aujourd’hui, l’édifice fait penser à un géant squat de toxicos ou à un décor angoissant de film dystopique. On adore !

Le batiment est fermé, abandonné mais un vigil est présent dans le hall fermé par des portes vitrées. Nous éprouvons des difficultés à voir sa silhouette à travers les vitres mousseuses, poussiéreuses et taguées. Nous l’appelons. Il mettra un moment à s’approcher et à nous entreouvrir. Nous lui demandons de nous laisser rentrer pour visiter au moins le hall d’entrée mais il refuse catégoriquement. Nous utilisons la technique du cliché des vendeurs les plus malveillants en positionnant nos pieds dans la porte, nous arrivons à franchir le check-point mais seulement sur deux mètres. En discutant, on le prie d’appeler son responsable indiquant que je souhaiterais bien écrire un article sur cette architecture extraordinaire. Il appelle tout de même son boss après une discussion persuasive anglo-grecque par Nico mais celui-ci indique au téléphone que l’accès est interdit pour toute personne. Cette œuvre du brutalisme est devenue un sujet polémique et une honte nationale. Les curieux ne sont pas les bienvenus…

Comment a t-on pu la laisser devenir dans ce tel état et laisser les étudiants aussi démunis ? En 2022, une fermeture partielle et ensuite totale a été annoncée, suivie d’une importante opération policière qui avait fait la une des journaux,ayant abouti à l’arrestation de plus de trente individus impliqués dans des activités criminelles diverses qui avaient envahi comme des parasites des plus nuisibles des parties individuelles et collectives de cette résidence. Alors que depuis des années, les étudiants vivant dans une angoisse permanente avaient signalé ces événements mais aucune action réelle et efficace de la part des autorités n’avait été constatée.

Nous restons donc à l’extérieur, observons la façade monumentale avec à ses pieds des carcasses de voitures. Nous escaladons les grilles fermées qui permettent d’accéder à une vaste esplanade située à l’étage au dessus du hall d’entrée et du jardin. Nous faisons le tour de celle-ci, nous nous délectons des vestiges des infrastructures des lieux de convivialité étudiants comme le foyer de forme de tronc de cone avec son reste de mobilier, ses vitres brisées, ses affiches. On a l’impression qu’une catastrophe soudaine est survenue et que les résidents ont du fuir au plus vite.


Les perspectives :

Des articles grecques indiquent un projet dechantier de rénovation complet qui est évalué à 40  millions. Mais pour l’instant, cette puissance de béton est à l’arrêt.

Documents d’archives et ressources :

Si vous souhaitez, sur le site DOMA, consulter les photos en noir et blanc de la fin de la construction en 1974, la maquette, les plans généraux et les plans des chambres étudiantes :

https://www.doma.archi/en/index/projects/foithtikh-estia-toy-e8nikoy-metsobioy-polytexneioy

DOMA, est une institution culturelle internationale qui promeut l’architecture contemporaine, en particulier la production architecturale en Grèce mais aussi à l’international.Le site publie des revues spécialisées, notamment DOMA (périodique international) et DOMES.